Le complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood

Vous voyez ce genre de récit où l’on est aspiré par le ventre, où l’on sait presque dès les premières pages que la chute nous fera mal ? Au fil des pages, l’intrigue se peaufine et nos pressentiments se confirment mais sans jamais nous enlever cette infime part de doute. On espère que l’on se trompe, tout en sachant que si c’est le cas, l’expérience aura été moins bonne.

Pour moi, c’est l’une des clefs d’une bonne histoire. C’est ce que Steinbeck fait à merveille dans Des souris et des hommes (bah oui BIEN SÛR que ça se finit comme ça, merci pour la déprime John) et c’est ce que j’ai retrouvé dans le roman de Benjamin Wood.

Eden

(oui, la vie est dure pour les coins de papier)

Le complexe d’Eden Bellwether est raconté du point de vue d’Oscar, un infirmier, garçon simple, qui tombe amoureux d’Iris. Iris a un frère, Eden et c’est de lui, de sa folie, dont il est question. Il est persuadé qu’il peut guérir via sa musique : il joue de l’orgue et compose des morceaux hypnotiques pour anesthésier et, selon lui, soigner même les cancers. L’histoire se tend au fil des incertitudes, fausses vraies preuves, réussites, échecs déguisés…

Bien sûr, une partie de l’intérêt du roman vient de son double-sujet : la maladie, physique et mentale et l’idée d’une guérison miraculeuse. Mais pas d’érudition pure, il n’y a pas d’exposés, de polémiques sur l’hypnose et, au départ, on s’amuse à la fois des théories que défend Eden et des documents médicaux sur sa condition psychologique. C’est pris dans un angle original (celui de la musique) et c’est en soi intéressant. Mais je trouve que l’on est davantage captivé par le jeu humain entre les personnages : la folie de l’un très forte face aux doutes des autres, l’impuissance qui n’empêche pas les regrets…

Toute l’astuce est d’utiliser Oscar, un personnage sobre, qui n’est pas forcément attachant mais dont la normalité permet de s’identifier. Car avec Eden, Iris et leurs amis, jeunes intellectuels imbus de culture jusqu’à en être insupportables, on a une galerie haute en couleurs. Oscar réagit comme nous et on finit fatalement par être touchés de ce qui lui arrive.

Benjamin Wood joue avec nos nerfs en frôlant les codes du policier mystérieux et j’ai trouvé remarquable sa capacité à développer une histoire étape par étape en tenant son lecteur.

J’ai lu le roman dans sa traduction française, du coup j’aurais un peu de mal à parler du style. Mais comme toujours chez les éditions Zulma (je coeur cet éditeur : des couvertures canons pour des romans toujours chouettes. Allez-y les yeux fermés), c’est agréable, ça se lit vite, surtout si comme moi vous êtes tellement prise dans l’intrigue que vous finissez le livre les yeux écarquillés par l’émotion fournie.

Je pense que les premières lignes du roman diront plus que mes longues phrases :

« Prélude, Juin 2003

Il y eut soudain le hurlement des sirènes, un nuage de poussière au bout de l’allée, et bientôt la pénombre du jardin fut inondée par la lumière bleue des gyrophares. C’est seulement au moment d’indiquer aux ambulanciers où se trouvaient les corps que tout leur parut réel. Il y en avait un dans la maison à l’étage, un autre dans l’ancienne chapelle, et aussi au fond du jardin. Celui-là respirait encore, mais faiblement. Il était sur la berge, dans un nid de joncs couchés, l’eau froide clapotant à ses pieds. Quand les ambulanciers demandèrent son nom, ils répondirent Eden. Eden Bellwether. »

Un petit effet 007…

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